Club d'Histoire Locale
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ÉPISODES

1 - La rue du Château à l'Église
2 - La rue du Milieu
3 - La rue du Bois noir
4 - La rue de Montigny
5 - L'avenue de la Gare
6 - La rue d'Harnes
7 - La rue de l'Eglise
8 - La rue de l'Abattoir
9 - La rue d'Hénin
10 - La rue du Château
11 - La rue Neuve
12 - La rue de la Couronne
13 - La Grand'Place
14 - La rue de Douai
15 - La rue du Marais
16 - La rue des vaches
17 - La Petite Rue
18 - La Rue du Moulin
19 - La Rue de Bréoire
20 - La Rue de l'Empire
21 - L'allée des Frênes
22 - Chemin de la Buisse
23 - Le Haut Chemin
24 - La Cité des 15

Accueil > Notre commune > Histoire > L'histoire des rues de Courrières

L'HISTOIRE DES RUES DE COURRIÈRES EN 24 ÉPISODES



1 - LA RUE DU CHÂTEAU À L'ÉGLISE

Nous débutons par la rue du Château à l'Église (actuelle rue Louis Breton). Cette rue tire simplement sa dénomination du fait qu'elle menait du château du Baron qui était situé au niveau des 2 maisons de style ancien sur la place Tailliez, à l'église dont nous connaissons encore le clocher de 1532 et la nef de gauche. Il faut garder en mémoire que l'attribution de nom de personnalité à une rue date de la fin du XIXème siècle (les 1ers à Courrières furent Émile et Louis Breton en 1903) autrement les noms de rue désignaient des directions, des lieux particuliers ou repères topographiques.


2 - LA RUE DU MILIEU

Pourquoi la rue du Milieu ? Tout simplement parce qu'elle se situait au milieu du village et était sur l'axe de Carvin-Hénin (la rue André Lepoivre n'existant pas). On a dit qu'elle se serait appelée rue Cuvelot, mais rien n'a, jusqu'ici, confirmé ce nom. Peu de temps après la mort d'Émile Breton, la municipalité voulut rendre hommage à son ancien maire en donnant son nom à la rue qu'il avait habitée. C'est ainsi que le 15 février 1903, la rue du Milieu prit le nom de rue Émile Breton, décision confirmée par un décret du Président de la République Émile Loubet le 26 mars 1903. C'est dans cette rue que l ' installation de la première pompe à essence de la commune est accordée le 13 juillet 1923 à Messieurs Lespillez frères aux conditions suivantes : les permissionnaires seront responsables de tous les accidents et dommages auxquels l'installation pourrait donner lieu et devront prendre toutes les précautions nécessaires pour les éviter et ils paieront entre les mains du Receveur Municipal une redevance annuelle de cent francs (le Club d'Histoire Locale est à la recherche de photos de cette pompe à essence).


3 - LA RUE DU BOIS NOIR

La rue du Bois Noir a pris le nom d'Édouard Vaillant en 1920. Il y eut à l'emplacement du petit espace vert du Vert Gazon quelques maisons des mines qui ont disparu avec le remembrement et le tracé de nouvelles rues. Dans un des jardins derrière la salle de l'Harmonie, quelques pierres sculptées ont été trouvées qui devaient provenir du château. Malheureusement, elles ont disparu.


4 - LA RUE DE MONTIGNY

La rue de Montigny (rue Casimir Beugnet actuelle) se prolonge par la route de Montigny après la sortie de l'agglomération. Au carrefour avec la rue Aristide Briand, il y avait un calvaire qui a été détruit en 1963 pour aménager le virage. Le Christ qui y était s'est révélé assez précieux pour qu'on l'installe dans le choeur de l'église (le club d'histoire locale recherche des photos du calvaire et du 1er coron du calvaire, avant 1914). Un peu après le croisement avec la rue Pierre Bouchez, en face de la résidence Les Ô Verts, se trouve un petit groupe de maisons basses qu'on appelle « la gueule ed' quien ». Nous ne savons pas d'où vient ce nom. La rue de Montigny était, il y a cinquante ans, très encaissée entre deux très hauts talus, et, par temps de neige, elle était impraticable tant les congères accumulées par le vent étaient hautes.


5 - L'AVENUE DE LA GARE

L'avenue de la Gare (actuelle avenue Maurice Tilloy) débutait au pont tournant sur la Deûle menant à Carvin jusqu'au pont sur la Souchez. Une partie de l'avenue Maurice Tilloy a pris le nom de rue Eugène Gaudefroy lorsque la rue a été redressée, le pont sur la Deûle ayant été déplacé. L'avenue portait ce nom parce qu'un chemin à peu près au milieu de celle-ci menait à la gare de Courrières (située sur le territoire d'Harnes) sur la ligne de chemin de fer Hénin-Don. Ce chemin est aujourd'hui la rue de la Gare. Avant le pont sur la Deûle, au niveau d'un petit coron, il y avait, il y a peu de temps encore, un passage à niveau. En venant de Courrières, après le pont sur la Souchez, on pouvait apercevoir, au loin sur la droite ce qu'on appelait la gare d'eau. c'est à dire, l'endroit où les péniches stationnaient, on trouvait la maternité qui avait été offerte par les Américains après la guerre 1914 -1918. Un peu plus loin, sur la droite, une voyette est l'ancien chemin du baron. C'est par là que le baron passait pour aller visiter son vivier.


6 - LA RUE D'HARNES

La municipalité a nommé Aristide Briand la rue d'Harnes. On trouve le long de cette rue différentes ruelles comme la ruelle à picots qui rejoignait la rue d'Hénin. Elle a existé, depuis fort longtemps jusqu'à la fin des années 1950 (après le percement de la rue André Lepoivre), entre la maison d'Octave Boulogne au n° 13 actuel et le café de Clémence Buisine actuellement au n° 11. On l'appelait la ruelle à picots à cause sans doute des orties qui poussaient le long des murs qui la bordaient. Quand on s'enfonçait dans cette ruelle, on pouvait voir, du côté gauche, un petit jardin et une maisonnette habitée par un couple de retraités. On pouvait apercevoir le mari se reposer en fumant une longue pipe en terre cuite. Sa femme, plutôt forte était appelée Pauline Ch'tro. Elle passait ses journées à repriser des chaussettes ou à en tricoter ainsi que des gilets et des pulls avec de la laine qu'on lui portait. Elle démontait aussi des lainages usagés ou trop petits pour en refaire des « neufs », surtout pendant la guerre. Le mari Louis Ch'tro était libre penseur. Avant guerre, il avait fait fabriquer son cercueil sur le dessus duquel il avait cloué deux mains croisées en bronze qui étaient le symbole de la libre pensée. Chaque après-midi, il faisait la sieste dans son cercueil. En mai 1940, la maison fut brûlée, et le cercueil aussi. Avant d'aller habiter à la cité des jardins, le couple se construisit une cabane provisoire sur le terrain. On y pénétrait par une porte faite de planches récupérées où était accroché en haut le symbole de la libre pensée tandis que la poignée de porte était une poignée de cercueil. Plus loin, dans la ruelle, il y avait encore quatre autres petites maisons dont l'une était habitée par Sophie « quat'sous ». On peut remarquer aussi dans la rue les maisons d'Émile César. César était le prénom du père d'Émile, et la famille en a gardé le sobriquet. Émile Louis Debarge avait vers 1930, gagné un lot important à une loterie qui existait avant la loterie nationale. Bien qu'il n'ait eu que les 8/10èmes d'un billet, il toucha une somme respectable et fit construire un groupe de trois maisons pour ses enfants aux numéros 37, 39 et 41. L'architecte qui les a construites a visiblement été inspiré par le style 1925.


7 - LA RUE DE L'EGLISE

Les anciens de Courrières appellent encore la rue Émile Basly, rue de l'Église, mais combien savent que l'espace qui s'est créé par la démolition des maisons devant l'édifice religieux avant la création du jardin public s'est appelé place Léon Gambetta. Du côté pair de cette rue quelques ruelles ont disparu. Au n° 10, était la maison du docteur Boulogne, un grand gaillard à la voix de stentor. Il connaissait tous les Courriérois sur au moins trois générations. Lorsqu'un jeune client arrivait chez lui il demandait : « t'es I'fils eud qui ? ». Cela lui permettait d'établir un pré diagnostic. Lorsqu'on avait une dent à arracher, on allait « voir Boulogne » car il n'y avait pas de dentiste à Courrières. Celui-ci ouvrait la porte de son couloir, mettait une chaise sur le seuil, faisait asseoir le patient, tourné vers la rue. Il arrachait la dent, la jetait sur le pavé et poussait le client dehors en disant: « tu viendras payer demain ». Il ne voulait pas de sang dans sa maison. Il n'empêche que c'était un excellent médecin, au diagnostic très sûr. Du côté impair, il y avait « les Docks du Nord », épicerie bazar tenue par Joseph Renard et Camélia, sa femme, souriante petite brune. Dans de grands sacs de toile de jute, on puisait le café, les haricots secs ou les pois cassés. Il y avait aussi l'odeur sucrée des abricots séchés, des dattes, des pruneaux en vrac, et des bonbons dans leurs grands bocaux. Une foule de marchandises et d'ustensiles dont certains pendaient au plafond remplissait la petite boutique où il restait juste la place pour quelques clientes. À côté de l'épicerie, c'était « La Chevaline » avec ses fenêtres munies de barreaux et la tête de cheval au-dessus de la porte.


8 - LA RUE DE L'ABATTOIR

La rue de l'abattoir (ancien chemin du rivage et actuelle rue Pierre Bauve) a pris ce nom puisque l'abattoir municipal y a été construit de 1914 à 1928 (après une interruption pendant la 1ère Guerre Mondiale). Elle allait jusqu'à l'entrée de l'école des garçons (Berlinguez). De là à la rue Salengro il n'y avait qu'un petit chemin (une voyette) et un autre rejoignait la rue Berlinguez. Ce n'est qu'en 1961 que la municipalité décide de réaliser le projet de jonction avec ces deux rues prévu en 1945 lors du remembrement de Courrières. De l'autre côté, elle descend jusqu'à la rue du Vert Gazon au bord de la Souchez. L'abattoir a été remplacé par les Services Techniques de la ville. On trouve encore dans cette rue le départ de deux voyettes : l'une parallèle à la rue des fleurs allait jusqu'à la rue des capucines à côté des nouveaux appartements, et l'autre était parallèle à la rue Berlinguez et redescendait vers celle-ci à son extrémité.


9 - LA RUE D'HÉNIN

La rue d'Hénin débutait en face de la rue Émile Breton et conduisait à Hénin-Liétard. Elle fut d'abord renommée rue Raoul Briquet. Le 9 avril 1965, il a été décidé de dénommer rue du 8 mai 1945 la partie de cette rue entre le rondpoint du Bellevue et l'angle de la rue Jean Jaurès. C'est le 8 mai 1965 que la plaque de rue fut dévoilée officiellement par le Maire Camille Delabre. Environ au n°10 de la rue d'Hénin, était installé un coiffeur, Jean-Baptiste Dumont dit Batisse Dumont. Il travaillait dans une petite boutique. Un des murs était occupé par la vitrine car il vendait aussi des cravates, un autre par le banc de coiffage. Le long des deux murs restants, étaient alignées des chaises pour les clients. Ceux-ci, des retraités ou des salariés des mines, savaient qu'ils allaient consacrer une bonne partie de la matinée à la coupe de leurs cheveux. La plupart croyaient arriver de bonne heure le matin, mais il y avait toujours des clients avant eux. Jean-Baptiste était veuf et sa fille, Jeanne, devait être à l'école et il s'occupait de ses repas. En plein milieu d'une coupe, il annonçait : « il faut que j'aille déjeuner ». Plus tard : « il est l'heure de mettre les légumes sur le feu ». Il disparaissait assez longtemps. Dans la boutique personne ne s'énervait. N'avait-on pas prévu une demi-journée pour aller chez le coiffeur ? Jean-Baptiste était amateur d'automobiles et il possédait une petite voiture, Peugeot ou Citroën de 4 ou 5 cv, des années 1920, dans laquelle pouvaient monter 2 ou 3 personnes. Cette voiture n'avait pas de capote, et, autre particularité, le cul finissait en pointe et elle était peinte en jaune vif. Les Courriérois disaient : « Vla Batisse et sin Guinne d'oeuf » (jaune d'oeuf ). Je ne sais où Jean-Baptiste avait caché cette voiture pendant la guerre car il la possédait encore après la fin de celle-ci.


10 - LA RUE DU CHÂTEAU

La rue Jules Massenet s'appelait « rue du Château » et la plaque est restée très longtemps au mur de la 2ème maison de la rue jusqu'à ce que, comme elle menaçait de tomber, le propriétaire la récupère avant d'en faire don à notre association dont elle est un des fleurons. Cette rue a pris le nom de rue du Château puisqu'elle permettait d'accéder de l'artère principale allant d'Hénin à Carvin au château du seigneur de Courrières situé sur la place actuelle. Au n°1bis de cette rue était la sortie du jardin de la maison de Jules Breton, elle même située aux n°4 et 6 de la rue Louis Breton actuelle. La petite ferme du n°3 rue Jules Massenet était également propriété des Breton. De l'autre côté de la rue, au n° 18, est une grande maison dans laquelle les frères Lespillez avaient un atelier de couture qui employait plusieurs dames. Juste avant cet immeuble, au n°16, ces deux frères exploitaient également un cinéma qui commença par projeter des films muets. Les anciens Courriérois se souvenaient de Buster Keaton, Charlot ou de Laurel et Hardy. Dans la salle, près de l'écran étaient les places les moins chères, les « secondes » où on s'asseyait sur des bancs. Dans le fond étaient les « premières » situées sous le balcon et préférées des amoureux. On accédait au balcon par un escalier extérieur. Quelques années avant la guerre, le cinéma fut racheté par Jean et Louis Mastain, deux frères qui possédaient un magasin de vélos et un atelier de réparation automobile. Dans cette rue au n° 11 se trouve une niche abritant une statue religieuse. Le monument d'Uriane Sorriaux qui se trouvait à l'origine dans le parc de la mairie rue Jean Jaurès, fut déplacé et installé dans cette rue où elle rejoint les rues Émile Breton et André Lepoivre.


11 - LA RUE NEUVE

La rue Sorriaux s'est d'abord appelée Rue Neuve. Les terrains faisaient partie du domaine du château qu'avait acheté Maurice Tilloy. Il donna gratuitement à la ville tous les espaces de voirie (et vendit les terrains à bâtir de chaque côté de la rue). En 1903 une brasserie fut construite par M. Coasne : la Brasserie Saint-Louis dont le nom figure toujours sur le bâtiment. L'extrémité de la rue accueillit pendant plus de 20 ans la Poste et la mairie ainsi que les bureaux du M.R.U. (Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme). Ils se trouvaient dans des baraquements. Le service du M.R.U., sous la présidence de François Lebacq eut deux, puis trois employés, on y déposait les estimations des dommages et les plans des architectes, et, lorsque le ministère de la reconstruction avait donné son aval, et que les crédits étaient alloués, il faisait les appels d'offres et désignait les entreprises. Les crédits arrivaient au compte-gouttes. On a commencé par reconstruire les maisons des anciens prisonniers et déportés. Puis les rues à reconstruire ont été tirées au sort. La première fut le côté gauche de la rue d'Harnes. La reconstruction a duré près de quinze ans.


12 - LA RUE DE LA COURONNE

La rue de la Couronne dans l'entre deux guerre était située dans le prolongement de la rue de la Vache (rue Roger Salengro). Elle s'est appelée rue de la Couronne, parce qu'elle menait à des terres du Roi de France. C'était une rue très passante car il y avait la boulangerie de Lucien Vancoilie, la mercerie d'Émélie Carpentier Lhoste, la boucherie d'Oscar Renaud côté pair, côté impair la ferme Coudeville devenue une superette (sur la toiture de laquelle la date de construction de la maison, 1886, est inscrite en tuiles), et plus loin, le magasin de vins et spiritueux de Raymonde Delemarle. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans la maison de Monsieur Gaudefroy, au coin des rues Jaurès et Émile Breton s'est installée Julia, la marchande de journaux, de jouets et de bonbons. Elle hébergea un couple de réfugiés, des comédiens qui, avec leur berger allemand Rintintin, donnaient des représentations pour les enfants. Le chien était très intelligent et tenait avec talent le rôle du loup dans « le petit chaperon rouge ». Quand son partenaire est décédé, Jeannette (la comédienne) est restée comme vendeuse chez Julia. C'était une femme très cultivée. Avant la Seconde Guerre Mondiale, il y avait surtout dans cette rue, la Mairie, installée dans l'ancienne maison du docteur Théry.


13 - LA GRAND'PLACE

La place du centre-ville, à peu près à l'emplacement de l'ancien château du seigneur de Courrières, a longtemps porté le nom de Grand'Place. Tout de suite après la Libération de Courrières qui eut lieu le 2 septembre1944, la municipalité décide à l'unanimité de renommer la Grand'Place, Place du Général De Gaulle. Celle-ci n'eut pas le temps d'arborer de nouvelles plaques dénominatives puisque le Conseil Municipal lui attribua, avec toutefois deux abstentions, de manière définitive le nom de Jean Tailliez en octobre 1945.


14 - LA RUE DE DOUAI

La rue de Douai ou, sur certains plans, rue Dourgeoise, pour les vieux courriérois, « rue des cras talons», et aujourd'hui rue Arthur Lamendin était, jusque vers 1970, très mal pavée. Lorsqu'il pleuvait, de grandes mares élargissaient les fils d'eau et les enfants en profitaient pour faire naviguer des bateaux en papier plié, les pieds nus, souvent maculés de boue, d'où le nom de la rue. Dans cette rue aboutissaient plusieurs voyettes qui, venant de la rue Basly et du cimetière, contournant quelques propriétés, traversaient une immense surface. Elles étaient bordées de toutes petites maisons, certainement très anciennes. À l'angle de la rue Lamendin et du chemin de Douai se trouvait un château d'eau en béton qui alimentait Courrières. En mai 1940, les Allemands rassemblèrent au pied de cette construction un certain nombre d'hommes qu'ils finirent par libérer. C'est sur un terrain, de l'autre côté de la rue que fut fusillé le 28 mai, le jeune Alfred Carlier. Il avait 17 ans. L'impasse Fifine tient son nom de Joséphine Rucquoi qui était une pauvre femme vivant du « rapinage » de charbon sur les terrils. Elle était vive comme l'éclair. Elle portait son sac à l'épaule comme un homme. Elle chantait la tyrolienne le 14 juillet. Le13 octobre 1926, on l'a retrouvée morte dans le bois où elle était partie faire des fagots. À l'angle gauche d'une voyette rue de Douai, il y avait avant 1940 un petit café tenu par François Caroline. C'était un petit homme mince, célibataire (le club d'histoire locale n'a pas réussi à « l'identifer »). Ce doit être son nom qui a été donné il y a 30 ou 40 ans à cette voyette, maintenant fermée, devenue l'impasse Caroline. On y voit une des maisons datées de la ville. Dans la rue de Douai, deux anciennes fermes, possèdent encore des niches avec une statue religieuse.


15 - LA RUE DU MARAIS

Cette rue, future rue Louis Lottin, fut percée sur des terrains appartenant à Maurice Tilloy qui l'offrit gratuitement à la commune. Elle accueillait une salle qui servit de salle paroissiale, d'école privée puis, après l'incendie de l'église le 28 mai 1940, d'église provisoire. De nombreux Courriérois se souviennent d'y avoir fait leur communion, de s'y être mariés. La rue fut détruite complètement en 1940, il n'yresta que la maison Paget à l'angle de la rue Uriane Sorriaux, et tout l'angle de la rue Vaillant où l'on trouvait la salle paroissiale, la maison des vicaires juste à côté ainsi qu'un local où logeaient les institutrices de l'école libre et qui servit plus tard de bibliothèque paroissiale. Dans la cour attenante où se déroulaient les kermesses, un baraquement fut construit qui abrita longtemps le cinéma paroissial. À cet angle une statue de Saint Christophe fut édifiée devant laquelle chaque année avait lieu la bénédiction des véhicules après une messe célébrée sur le kiosque (le club d'histoire locale recherche des photos de cette statue et de ces manifestations).


16 - LA RUE DES VACHES

La rue s'est d'abord appelée grande rue du Marais avant de prendre le nom plus évocateur de rue des Vaches en raison des nombreuses fermes qui la jalonnaient et dont les animaux se rendaient à l'abreuvoir situé à l'extrémité de la rue, elle prend ensuite le nom de rue d'Oignies avant d'enfin s'appeler rue Roger Salengro. En partant du carrefour de la rue Breton, au n° 9 se trouvait la ferme Clément. Guilbert Clément avait épousé Célina Carpentier. Ils eurent deux garçons. Guilbert était un petit cultivateur, il ramassait également les cendres dans le village avec sa charrette et son cheval. De surcroît il avait succédé à Émile Breton comme capitaine des pompiers, d'où son surnom de « capitaine berdoule » (en patois, la boue). C'était paraît-il un bon vivant, haut en couleur, mais il eut la douleur de perdre ses deux fils. En 1917, le plus jeune, Louis fut tué à la bataille de Verdun. L'autre fils, Joseph fut tué en Syrie en 1921. Au n° 39 Stéphanie Coget dite Jacquette ou Mère Manie s'était mariée à Jules Tailliez en 1900. Elle est décédée en 1964. Elle rafachanait les nouveaux nés (expression patoisante qui disparaîtra avec l'habitude d'accoucher à la maternité). Avant la naissance du bébé, la future mère contactait Stéphanie qui venait prendre connaissance de la maison, puis, la naissance venue, elle lavait, emmaillotait et faisait manger le bébé, s'occupait des autres enfants s'il y en avait et de la mère jusqu'à ce que celle-ci puisse prendre le relais. Elle lavait le linge et tenait même le magasin si la maman était commerçante. Au n° 81 se trouve la ferme Saint Piat. À côté du porche on peut voir une statue de Saint Piat. L'impasse Bourdon tient son nom d'une famille de « censiers » qui possédaient une ferme et un grand terrain derrière la brasserie Breton et dont l'entrée donnait sur la rue des vaches. L'Allée des Marronniers se situait du côté pair de la rue Salengro, à l'emplacement du centre social. C'était une double rangée d'arbres plus que centenaires qui aboutissait vers le fond au parc de la brasserie Breton. Tiburce habitait dans l'impasse qui prit son nom. Il dépensait facilement dans les cabarets l'argent qu'il avait bien de la peine à gagner aux durs travaux des champs. À l'origine, l'impasse Tiburce ne donnait que sur la rue des vaches et lorsqu'elle fut prolongée jusqu'à la Petite Rue, elle garda son nom d'impasse. C'est à ce moment là que fut construit un petit coron de quatre logements qui va bientôt disparaître pour laisser place à une salle de sport. L'impasse a été fermée, retrouvant ainsi sa disposition d'origine.


17 - LA PETITE RUE

Cette rue, qui commence sur le côté de l'église, a changé de nom de nombreuses fois. C'est ainsi qu'elle s'est appelée successivement rue du Riez à l'Église, Petite Rue du Marais à l'Église, Petite rue, rue de l'Égalité, rue Florent Évrard et rue des Fusillés. Mais c'est le nom de Petite rue qui restera dans la mémoire populaire. Cette rue menait par une voyette côté pair, au milieu des champs, vers la chapelle Saint Roch, chapelle des pestiférés, vers laquelle, l'été, se déroulait une grande procession pour la bénédiction des blés. Pour l'occasion, les communiantes de l'année ressortaient leurs belles robes et leurs voiles blancs. De nos jours, la voyette est devenue la rue Alphonse de Lamartine qui mène à la piscine. La maison qui est au coin, juste avant cette rue est probablement la plus vieille de Courrières. On peut la voir sur le tableau de Jules Breton « Entrée de Courrières ». Elle rejoint la rue Roger Salengro à l'endroit où se trouvait autrefois un abreuvoir.


18 - LA RUE DU MOULIN

La rue Louis Pasteur s'est d'abord appelée rue du Moulin car les seigneurs de Courrières possédaient un moulin au bord de la Souchez qui s'appelait la rivière de Lens à cette époque. À gauche du n° 17, il y a une impasse, à la fin du XIXème siècle, un ouvrier possédait dans cette impasse trois petites maisons. Le toit de l'une d'elles est encore visible tout au fond. Juste avant la guerre, une de ces maisons était habitée par une grande femme sans âge, qui fréquentait beaucoup les bistrots de Courrières. « La grande Thérèse », c'était son nom, apostrophait les passants, les insultait et les menaçait même d'un bâton. Habillée de longues jupes en guenilles, elle faisait peur aux enfants qui se moquaient d'elle et qu'elle poursuivait en criant. On disait qu'elle avait eu des malheurs et que c'est pour ça qu'elle buvait. Après la ruelle de Thérèse, il y avait la forge d'Édouard Godefroy, petite maison basse, couverte d'un toit à quatre pans en tuiles vernissées noires, sorte d'antre sombre, avec le foyer rougeoyant au fond, à gauche, surmonté de l'énorme soufflet qu'un aide actionnait, faisant jaillir des gerbes d'étincelles. On pouvait assister au cerclage de roues de charrettes, à même le trottoir. C'était impressionnant de voir les ouvriers apporter le cercle de fer brûlant avec de longues pinces, le placer autour de la roue en bois qui se mettait à brûler et qu'un jeune apprenti arrosait d'eau froide pendant que les autres ajustaient le cerclage à grands coups de masse. Sur la droite, se trouvait le « travail » dans lequel on attachait les chevaux pour les ferrer. Le forgeron calait le pied du cheval sur sa jambe et il égalisait la corne. Il ajustait ensuite le nouveau fer brûlant avec de grands clous. L'odeur prenait à la gorge. C'était toujours un étonnement de voir que le cheval ne bronchait pas pendant ces opérations impressionnantes. Près du pont sur la Souchez, la maison Caffenne vendait du matériel pour les mariniers. Dans la cour de l'établissement il y avait une salle de bal.


19 - LA RUE DE BRÉOIRE

La rue Victor Hugo s'appelait auparavant rue Bréoire, de braire qui veut dire pleurer en patois. Le nom de cette rue semble étrange, qu'est-ce que cette rue qui pleure ? Il existe, au sud de Paris, dans un paysage vallonné, des petits ruisseaux ou des lieux-dits qui portent le nom de « Écoute s'il pleure ». Ces noms datent, paraît-il de l'époque où les moulins existaient encore dans la région. Quand la pluie commençait à tomber, le meunier ouvrait les vannes du ruisseau menant au moulin, et l'eau, en ruisselant plus vite, murmurait plus fort. Les riverains étaient alors avertis du changement de temps et se hâtaient d'abriter ce qui devait l'être. Notre rue Bréoire doit avoir la même origine. Actuellement la rivière semble bien loin, mais si on regarde des plans anciens, on peut voir qu'au niveau du pont actuel, il y avait le moulin à eau du baron avec juste une passerelle pour traverser la Souchez, et un réseau de petits ruisseaux se détachant du marais. Il faut imaginer qu'à la place de toutes les maisons depuis le coin de la rue Bréoire jusqu'au pont, il n'y avait rien. Un des petits ruisseaux longeait l'arrière des maisons de cette rue et allait faire tourner la rue du moulin avant de rejoindre la rivière. Il est facile alors de comprendre que, dans cette rue si proche du marais, les habitants avaient l'habitude d'écouter si le rivage « pleurait » et annonçait la pluie. Ch'étot l'rue Bréoire. Quand la rue André Lepoivre n'existait pas, la rue Bréoire était le passage obligé pour rejoindre la rue d'Harnes venant de Carvin. Avant 1914, la poste s'y trouvait. Vers le milieu de la rue, était le cabaret de « Julie toubac » (débitante de tabac). Presque en face de chez Julie, les plus anciens se souviennent être allés acheter des balles, des billes, des toupies et des pétards chez Leloir. Dans la courbe de cette rue se trouvaient les établissements Lepoivre, une épicerie en gros. Jusque dans les années 1960, on y torréfiait du café tous les jeudis et la rue embaumait toute la journée. L'épicerie est devenue un commerce de carrelages qui a déménagé ensuite près du canal. Avant la dernière guerre, il y avait, sur la gauche, juste après le virage, une impasse pavée de grès et bordée de petites maisons, l'impasse Delanghe. Elle a disparu à la reconstruction. Il y a encore, un peu plus loin, sur la droite, la villa Ventôse qui fut construite vers 1880 pour leur retraite, par Octave Hugot, agent de change et son épouse Zélie Meignotte, gouvernante dans une grande famille à Paris. Au coin de la rue Bréoire et de la rue d'Harnes, une maison à la façade à pan coupé, a été habitée par un tailleur pendant plus de cinquante ans.


20 - LA RUE DE L'EMPIRE

Cette rue s'est appelée rue de l'Empire parce qu'elle menait à des possessions de l'Empereur d'Autriche, au-delà de Carvin. Il ne faut pas oublier que nous avons été souvent terre frontalière entre Flandre et Artois. Cette rue de l'Empire, actuelle rue Louis Berlinguez (raccordée à la rue Pierre Bauve par une voyette) partait de la rue Salengro par une rue très étroite qui existe toujours et se terminait à la moitié de la rue actuelle pour se prolonger dans les champs par un chemin rural, tandis qu'une autre voyette rejoignait elle aussi la rue Pierre Bauve.


21 - L'ALLÉE DES FRÊNES

L'allée des Frênes, actuelle rue Joseph-Marie Jacquard, était une allée de promenade pour les châtelains. Elle partait des jardins du château, sur la place, et menait au vivier du baron en coupant la rue du Moulin (Louis Pasteur). La partie entre le château et la rue du Moulin a aujourd'hui disparu. Les houillères construisirent l'un des rares groupements de logements miniers de Courrières.


22 - CHEMIN DE LA BUISSE

À l'origine seul chemin du quartier des fleurs actuel, il longeait une buisse (ruisseau) qui menait à Carvin en partant de la rue du Moulin (rue Louis Pasteur) au niveau du pont du Vert Gazon et traversait la future cité des fleurs en se dirigeant vers l'actuelle zone d'emploi de la fosse n° 8 et se jetait dans les marais. Ce chemin traversait les marais en passant sur les « planches de Courrières » avant que la Deûle ne soit creusée.Une partie changea de nom et une autre disparut avec la création de la cité des fleurs. Il est maintenant parfois appelé avenue des roses et des maisons y ont été construites depuis quelques années. En décembre 1963, la partie du chemin de la buisse comprise entre la rue Pierre Bauve et la rue des capucines prend le nom de rue des fleurs, même si certains anciens utilisent encore la première dénomination. En 2005, la piscine « Tournesol » laissera la place à sept nouvelles habitations.


23 - LE HAUT CHEMIN

Ch'kemin haut (le chemin haut) parce qu'il est sur un des points les plus élevés de la commune sur les anciens cadastres, s'appellera par la suite rue Pierre-Joseph Bouchez. On l'appelait autrefois la rue des bas de soie ou le chemin des nouveaux riches. Cela devait dater de l'ouverture de la fosse n° 1, route d'Hénin, époque où l'on construisit des petits corons près de la fosse, à la Villette, impasse de la Fabrique, et impasse Tiburce, alors que les agents de maîtrise étaient un peu mieux logés dans cette rue. Elle débutait, sur la gauche, par l'granche de ch 'meunier à l'emplacement de la maison Gruson. À l'autre extrémité, à l'angle droit de la rue de Montigny, une grande dénivellation, avait paraît-il été creusée pour y tirer de la terre à briques à l'époque où l'on fabriquait des briques à Courrières (fin XVIIIème début XIXème siècle). Dans cet ancien fond de briqueterie, se trouvait une bicoque qui avait échappé aux destructions de 1940. Elle était habitée par un ancien mineur. Il se déplaçait à vélo, un bonnet sur la tête, une barbe de plusieurs jours, un blouson de toile et un pantalon de toile bleue qui avait beaucoup souffert, couvert de pièces de toutes sortes, si bien qu'on appelait ce monsieur, dont la plupart ignorait le vrai nom, « pièches à cul ». Les gamins en avaient un peu peur. Il ne parlait à personne. Quelques années plus tard, il « prit » le nom de « grand-père persil ».


24 - LA CITÉ DES 15

À l'origine, c'est une partie du Rotois, faite de logements provisoires construits pour reloger des victimes de l'incendie du 28 mai 1940. Elle prit le nom de cité des 15. Pourquoi ce nom ? Tout simplement parce qu'il y avait 15 baraquements (les cités provisoires n'eurent jamais de noms de rues). En 1993, après la destruction des logements provisoires, le terrain fut divisé en 10 parcelles et prit le nom d'allée Robespierre.